
Je viens de revoir le clip longuissime et cultissime de Michael Jackson : "Thriller", oui, oui, celui qui en 1983 fit l'effet d'une bombe dans le paysage musical et installa sur son trône le King de la Pop car nous lui devions alors d'avoir introduit la sainte trinité depuis toujours appliquée : Musique + Clip + Danse. Eh bien tout à l'heure, pour débuter mon week-end sous la pluie, je me suis confortablement installée pour revoir ces images de ma prime enfance et je fus soudain parcourrue de véritables frissons. Non pas des frissons de trouille à la vision des faux revenants swinguant en guenilles ou en voyant la transformation du petit gars de Gary-en-Indiana en garou-touffu (pas le chanteur canadien à la voix rauque hein, la bêbête!), NAN, moi je venais de savourer mon authentique madeleine musicale en revivant exactement la toute première diffusion de ce clip dans ma vie...
Attention, séquence nostalgie : c'était un samedi soir familial où nous étions tous avachis devant notre télé de salon pour gober les paroles du gendre idéal : Michel Drucker dans son "Champs Elysée" hebdomadaire, seule occasion de croire que nous étions à la page en matière culturelle... Ce dernier annonça soudain le-dit clip avec au préalable les réglementations d'usage, vu que cela risquait de choquer un peu dans les maisonnées un grand échalas black qui virevoltait avec ses potes à un bras. Or mes parents, quelque peu endormis, n'y prêtèrent pas attention et me laissèrent devant l'écran, pour mon plus grand bien et le plus grand mal de leurs oreilles durant les années qui suivirent... Je me souviens donc exactement-et ceux qui savent ma partielle amnésie pour tout ce qui touche à mon enfance en seront surpris- des frissons qui me parcoururent l'échine, tout le long de ma robe de chambre rose en laine bien épaisse (oui, on regardait "Champs Elysée" en pyjama et ça, ça n'est vraiment pas possible de l'oublier !)
J'étais sans doute l'image même de la fan qui naît à elle-même, stupidement tétanisée, je buvais les paroles incompréhensibles en english (ben oui vers 8-10 ans= je ne comprenais rien à la langue de Shakespeare, encore moins celle de John Wayne...), j'étais littéralement transie de froid, rigidifiée comme un revenant qui voit la Vierge (et d'ailleurs le petit Mickey, né un 29 août, est une Vierge, si, si, tout se recoupe dans ce post!), j'essayais en fait de m'imprégner complètement de tous les mouvements et sautillements de cet inconnu que je déifiais déjà, me promettant de l'imiter dans le secret de ma chambre...
Alors même que je continuais de le regarder, il animait déjà mon imaginaire, ce Chaperon-rouge-à-blouson-rouge, lui qui venait de nous interpréter le Grand Méchant Loup dans le film qui précédait son film-clip...Ouais, déjà, il aimait les paradoxes celui-là, les antithèses qui flirtaient ensemble, les poupées-russes labyrinthiques : Qui est-ce qui regarde ? Qui est-ce qui rêve ? Et moi qui regarde ce clip, qui suis-je ? Dis donc, le Michael, tu me prendrais pas pour la midinette qui te sert de petite copine à l'écran et qui gobe tout là ?Genre : tu te fiches de moi, ton spectateur, Hein !!???...Vite, un Efféralgan et Haaaa, ça me prépare aux explications littéraires, ça!!
Je me souviens très bien que mes parents s'éveillèrent quelque peu au fur et à mesure des décibels et ils ne tardèrent pas à m'adjoindre de filer faire dodo bien vite dés la dernière image diffusée, sans doute redoutaient-ils quelques effets sur mon sommeil innocent avec tous ces monstres s'agitant en tout sens...
Mais peu m'importait, je montais sans négocier car j'avais un secret dans les yeux : je voyais encore mon bonhomme rouge sautiller et sa chanson entêtante me berça toute la nuit...Il me fallut attendre un long dimanche puis un long lundi d'école avant de tanner ma mère pour qu'elle m'achète le 45 tours (oui, les moins de 20 ans, j'ai bien écris : 45 TOURS!!!), le même que celui que je vous mets en photo, voir la pochette ci-dessus (tout en haut) et ce fut la ronde incessante des passages en boucles : ma mère frisant la crise de nerf, mon père se réfugiant dans son atelier et mon frère souriant ironiquement, seul lucide de la famille...
Parce que lui, avec ses cinq années en plus de sagesse adolescente, il avait très bien compris le coup de foudre qui venait de me tomber dessus, car c'était exactement ça, comme ils disent dans les livres de psycho-machin-chose : la boule au ventre, le cœur qui bat la chamade, la stupéfaction plus réelle qu'après un sort d'Harry Potter...Nul doute possible, j'étais raide dingue de Jacko Wacko...
La preuve, j'en débutais ma carrière de documentaliste en recherchant fébrilement tous les entrefilets et clichés parus dans la presse sur ma Star, je guettais ses passages télévisuels, et je fus donc logiquement prise de collectionnite aiguë...Maladie que j'entretins si bien que je voulus la transmettre à mes amis en fondant "Le Club Michael Jackson" pour que nous écrivions notre propre revue sur lui, rétablissant au passage, Super-fans-fidèles que nous étions, la vérité-vraie sur ce pauvre Michael, lui qui était autant adulé que critiqué de toutes parts...(oui, oui, mes amis se souviennent autant de ça que moi de ma robe de chambre rose...c'est un fait d'enfance dont nous nous vantons très souvent, BIENSUR...)

D'ailleurs regardez-le sur la pochette ci-dessus (tout en haut) sur laquelle j'ai tant rêvassé gamine, et dans cette pause top romantique (qui ressemble étrangement à des photos que l'on pourrait trouver dans Têtu, ok...)...
Sérieux, il est pas à croquer avec cette allure juvénile ? Cette souplesse de danseur volant ? Ces yeux noisettes rieurs, hein?? Ouh, là, faut que je me reprenne...Oui parce que cet être n'existe plus depuis belle lurette et nombreux coups de scalpels, à cela ajoutez les années qui n'épargnent personne, même ceux qui se croient Peter Pan, et il y a de quoi déchanter-même les refrains les plus planétaires- pour une retombée directe sur le ciment....comme après un coup de foudre, en quelque sorte....
C'est vrai, maintenant que j'y pense, ce cher Michael a fait comme tout bon coup-de-foudre, il fut un déclencheur-catalyseur, le prétexte qui pointa mes goûts paradoxaux pour me les faire admettre :
la danse -mais diantre comme j'aimerais être un homme pour en faire autant !
Les images rythmées-je suis une enfant de l'image mea culpa.
Les hommes -pas-virils- et-donc presque-femmes ?
Les loups-qui font peur mais pas tant que ça en fait.
L'attrait de ce qu'on hait alors même qu' on le hait (moi y en a détesté les films sur les revenants et autres horreurs du type)
et surtout L'ironie -l'ironie de son regard final, mi-homme, mi-bête rieur, quand il nous fait douter de tout, amusé de ce perpétuel jeu des contraires: lui qui fut un angelot surdoué et finira peut être diablotin pédophile...
Pour mes 10 printemps, MJ m'a donc révélé le petit secret complexe des humains pour qu'ils ne vivent pas qu'une seule vie : il est possible de tout être en même temps, contradictoire et logique à la fois. Il incarnait lui même la charmante chimère que nous sommes tous, celle qui se modèle par le regard d'Autrui- téléspectateurs ou lecteurs- et par tous les secrets qui continuent de veiller dans notre chambre d'enfant...
PS : oui, je sais, je viens de vous infliger un post longuissime aussi mais : d'abord ça fait longtemps que j'ai pas pu écrire à cause de souçis techniques indépendants de ma compétence et pius, question madeleine, Proust, lui, il nous en a écrit 3000 pages, donc j'ai une pettite margounette, non??