
Quand j’étais une ado boutonneuse et rêveuse, je tombai avec délice dans la marmite des feuilletons-fleuve aux scénari habiles et protagonistes caustiques mais gentils. De plus en plus âgée, ces héros devinrent mes compagnons au même titre que de véritables Friends, feuilleton éponyme longuement visionné entre amis bien réels : nous chantonnions alors moults Smelly cat entre deux cours lénitifs à la fac et le sommum de l’insulte était : « Mais laisses donc cette vaisselle tranquille menfin !Tu fais ta Monica Geller là !! »... Plus tard, le potentiel de projection empira quand ce fut l’heure des adulteries à la Bridget Jones, et, nostalgique de mon groupe d’amis, ce fut une addiction sans limite pour Carrie et ses Sex-and-city-amies...Nous devisions alors quand nous nous retrouvions des pérégrinations du quatuor, de l'évolution de chacune, des petites réalités qui sonnaient si justes lorsque s'achevait un épisode mi-sucré, mi-salé, nous digérions les mots de Miss Bradshaw comme autant de commentaires éclairés sur les aléas des relations humaines et sur les rires amies dont on avait forcément besoin pour s’en sortir. Aussi, les larmes coulèrent chaudement quand vint l'heure de dire au revoir (in paris en plus, snifff) à nos héroïnes devenues grandes dames chacune à leur manière...
Mais il manquait toujours une pincée de ce qui aurait parachever mon identification puisqu’il s’agissait jusqu'à présent à 99% d’histoires d'hétérosexuels...Bon, vous allez me rétorquer que l'Amouuuur, ça n'a pas de sexe, certes-certes, mais les sens sont ainsi fait qu'un peu de réalisme, ça fait envie...
Or, le Père Noël a dû se brancher un soir sur Fréquence Goudou et entendre le courrier des frustrées cathodiques car il nous apporte depuis trois années en janvier une série entièrement dédiée à un groupe d’amies homo filles, dans un cadre idyllique : Los Angeles. (le soleil a son importance pour les vêtements tendances et toujours légers...bizarrement, l'action se serait déroulée en Norvège, je susi sûre que ça aurait moins plu...)
Et donc, 2007 débutant, The L word est réapparu ces jours derniers sur Showtime, une des chaînes câblées américaines (ben oui, Le Père Noël, il est américain, vous ne saviez pas ???) et ceci pour le plus grand plaisir de nombreuses consoeurs...Entre gens connectés, je ne vous précise pas comment vous procurer à 3 jours de la diffusion aux States les épisodes, mais cela a à voir avec un animal aux grandes oreille, en vraies bourriques que nous sômmes quand on est accroc à une série TV...
Comment vous faire l’éloge de cette série... C'est un peu comme si les couvertures de Elle s'embrassaient enfin sous vos yeux par exemple, oui, car, au grand dam de certaines puristes qui crient à l'invraisemblable, refusant une fois de plus que dans une fiction on puisse souhaiter ne pas retrouver le sosie de sa voisine ridée ou de sa boulangère mal attifée, dans the L word, il n'y a que des bombasses top fashion comme, certes, on n'en croisera jamais dans notre vie entière, même dans les soirées ultra-privées du lesbianisme parigots-bobo, jugez plutôt...

Bon, et puis, une des protagonistes, c’est tout de même Jennifer Beals...Pour ceux qui ne tiltent pas, cherchez dans votre mémoire des années 80 un air de Maniac et vous devrez retrouver le minois mémorable d’une soudeuse-apprentie danseuse classique dans Flashdance...Et autant vous préciser que pour votre serviteur qui s’essayait elle aussi à cette époque à des improvisations de danse modern-jazz telle une éléphante sous les stroboscopes, Jennifer Beals donnait tout son sens au mot : "fantasme" et "admiration" avec ses pointes réussies, ses yeux de working girl et ses bouclettes rebelles...
Depuis, la demoiselle tourne encore dans de nombreux films mais est aussi une discrète qui a plus d’un grand écart dans son sac, optant parfois davantage pour les optiques de reflex que pour les caméras , comme en témoigne un de ses propres clichés pendant le tournage de la série , il s'agit de Laurel Holloman, allias Tina, sa moitié depuis sept années dans l’histoire ...(DANS L'HISTOIRE, HEIN...)

Dans L word, il y a un concept repris saison après saison qui est particulièrement emblématique de nos relationnels modernes : la constellation (the chart).

Pour Alice, la journaliste déjantée qui l’a initié, chacune serait reliée à une autre par le biais des autres relations qu’elle a eu...Je retrouve bien là le côté panier de crabes ou aquarium un peu étroit que peut pafois avoir le ghetto-lesbos...
Mais cette carte de noms et de relations, c'est aussi la métaphore de toutes les formes d’homosexualités possibles : la relation longue durée avec tromperie au détour d'un virage, celle qui veut enfanter avec un anonyme derrière le spermatozoïde ou un ami, la Dragueuse-tombeuse un peu paumée dont tout le monde s'entiche, celle qui se découvre soudain de la confrérie après un passé straight, la bi ou la teste-tout, la coincée sportive, celle qui retournerait bien auprès des messieurs, celle qui voudrait en être un le temps d'un déguisement ou pour du bon avec force hormones, et enfin, pour la 4ème saison, il y a même une personne handicapée avec l'arrivée au générique d'une talentueuse actrice sourde, Marlee Matlin.
Pourtant, si je suivais avec particulièrement d’attention les saisons précédentes, j’étais bien prête de braver ma peur de l’avion pour baragouiner quelques injures bien senties à la réalisatrice après que celle-ci : ATTENTION SPOILER ait fait passer à la trappe Erin Daniels et son personnage de Dana, au risque de nous faire toutes couler dans un bain d'anti-dépresseurs pour l’été 2006 ... J’avais presque envie de boycotter la future saison mais la tentation fut trop grande....et de fait, je suis depuis quelques épisodes encore plus imprégnée de la vie de ces demoiselles, comme jamais cela ne m’était arrivée auparavant.
Nous nous sômmes ainsi surprises à discuter de la vie des personnages, de leurs choix et de leurs répliques, comme s'il s’était agi de connaissances croisées la veille lors d’une soirée...
Mais surtout, le personnage de Marlee Matlin qui s'exprime oralement et en même temps en langue des signes me touche particulièrement, c’est comme si une personne dessinait avec ses mains un peu plus précisément notre quotidien, exprimant davantage qu’avec les dialogues, une partie de ce que nous ressentons.


Cette actrice remporta en 1986 l’oscar du meilleur rôle pour le film Les enfants du silence et il est vrai que pour moi, la voir étreindre Bette-Jennifer Beals et lui faire perdre (enfin) sa mine de cocker triste, c’est prouver une nouvelle fois que le silence imposé à certaines personnes doit se lire en couleurs, et ne plus se cacher derrière des initiales en L...
Et, alors que je joue avec les bouclettes de ma poissonne en dehors de tout aquarium, c’est un beau cadeau pour l’ado boutonneuse et rêveuse que je suis encore à 33 printemps...