poissonchat

Comme une môme



Si on retourne immanquablement dans les salles obscures, en dépit des tarifs inflationnistes, des voisins mâcheurs de corn-flakes et du son hurleur, si on ne jure pas uniquement que par les DVD et les mules qui ont des cornes d’abondances cinématographiques, c’est pour se retrouver comme des mômes encore, pour ressentir des frissons à répétition, être emportés dans un rythme inconnu et une farandole d’images, non ???
 
C’est en tout cas l’effet que m’a fait la biographie fictive d’Edith Piaf signée Olivier Dahan.

Difficile d’échapper au matraquage publicitaire qui annonçait cette sortie, et pour une fois, on avait le plaisir de voir Marion Cotillard invitée sur tous les plateaux pour nous narrer avec simplicité sa grande aventure de scène, incarnant Piaf.
Incarner Piaf, ce n’est rien de l’évoquer, il faut le voir sur grand écran quand passent si vite 2h20 d’émotions et de visages  différents : d’Edith petiote fragile à la jeune adulte qui argote avec un accent de titi parisien, de la diva autoritaire à l’amoureuse transie en passant par la timidité des premiers moments au talent toujours éclatant.

On pourra peut être parfois se demander si la peinture de l’enfance d’Edith Piaf n’est pas trop mélo, cela m'a fait presque penser à un clip de Mylène Farmer dans ses pires moments dépressifs.. mais cette idée n’a fait que m’effleurer car sinon, entre les larmes incompressibles, les chansons que l’on devance en chœur dans sa tête et les sourires grâce aux  réparties bien senties de la chanteuse à gouaille et trémolos, le livre de la vie d’Edith se referme trop vite et donne envie d’en savoir plus sur une vie si brève et intense. A un point tel qu’entre les addictions de toutes sortes, les amants, les abandons, les accidents et les deuils, la télé pourrait s’emparer de la trame pour en faire un feuilleton à rallonge pour cet été, cela ne changera pas des mini-tragédies qu’ils se plaisent à nous servir chaque fois, et pour une fois, cela sera malheureusement véridique...
 
Et puis, après un tel film, en plus de vouloir faire un tour dans les biographies, demeurent en tête la scène terrifiante où l’amant est perdu et les airs bien sûr, omniprésents, archi-connus mais que l’on accueille au creux de l’oreille avec joie, comme si cela prolongeait le film encore un instant...

Et hier soir, alors que quatre étranges mousquetaires chassaient sur M6 des apprentis chanteurs qui devaient aussi avoir le potentiel de danseurs, d'acteurs, de tops models, de jongleurs peut être ?! Tout cela sous les paillettes, la fantaisie et le changement perpétuel, j’ai eu l’impression de mesurer la grandeur de cette petite bonne femme en noir dont seule les mains faisaient ballet pour nous emporter dans ses histoires chantées- vécues, celles dont on se souviendra encore longtemps à défaut d’autres jeunots trop vite consommés après les avoir pré-fabriqués…

 

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En Molière dans le texte

 

Voilà, ça y est, j'ai commis mon premier acte de révolte adolescente en ce début 2007 : j'ai bravé les méchantes critiques destinées à m'éloigner de la soi-disant mauvaise partition cinématographique de Laurent Tirard, alias Molière, interprété par le gentleman Romain Duris et notamment Fabrice Luchini pour lui donner la réplique et non le soufflet, soufflaient déjà en coulisse les mauvaises langues qui s'empressaient de crier Haro sur le jeune acteur, impudent qu'il était à vouloir endosser le rôle de notre grand auteur comique....

Si je vous résume par exemple les griefs des journaleux de Télérama (qu'il m'arrive par ailleurs d'encenser quand leur verve fait un sort aux mièvreries de TF1), nous pourrions même dire qu'il s'agissait d'une véritable chasse à courre plutôt que d'une critique construite tant l'objectif était clairement de nous écoeurer du film avant même que nous pumes en goûter le début d'une bande-annonce.

Donc, écrivais-je, pour Télérama : c'était un sacro-sacrilège d'inventer à Jean-Baptiste Pocquelin une aventure fictive qui eut pu lui inspirer par la suite des réparties entières pour son Bourgeois-Gentilhomme ou son Tartuffe ...

Tout d'abord, je n'ai pas été exhaustive dans ma lecture des propos tenus par le réalisateur mais il me semble bien que ce dernier ne voulait point produire un documentaire sponsorisé par l'Education Nationale  (ni faire de l'ombre au magistral opus d'Ariane Mnouchkine) et ce n'est pas parce que c'est du Monsieur dont on voit le buste à la Comédie Française dont on va causer, qu'on ne peut pas INVENTER un brin (ou un bouquet) sur des épisodes de sa vie lesquels auront bien des chances de nous demeurer d'ailleurs à jamais inconnus...

Et puis bien sûr, Télérama remit sur le devant du papier l'affaire d'un Corneille, qui fut peut être le nègre de Molière ou d'un Autre.auteur masqué, tout sauf Molière lui même...Là encore, accrochons nous Coco et Cocotte pour espérer savoir un jour le Vrai du Faux, à moins d'emprunter à Monsieur Wells sa machine à remonter le Temps...

Aussi, pour ma part, je vais tout naivement vous écrire combien je fus ravie de ces quelques minutes auprès de notre bon vieil auteur, combien cela fut agréable de le découvrir, en images, un Molière jeune, fougueux, passionné comme il m'est arrivé de croiser des âmes éprises des planches, orgueilleux au point d'être aussi touchant que ridicule...

J'ai aimé cette idée d'un véritable Monsieur Jourdain et Luchini nous l'interprète avec toute la stupidité d'un homme aveuglé par ses passions, avec les yeux qui se desillent enfin, grâce au bon vieux procédé du "théâtre dans le théâtre", lequel force chacun à se démasquer- petit clin d'oeil au passage pour Shakespeare (autre plume sur laquelle on n'arrête pas de critiquer et de supputer), coutumier du même procédé....Shakespeare qui lui aussi avait inspiré un réalisateur US, version plus romantique, en inventant quelles avaient pu être les conditions de création de "Roméo et Juliette" dans "Shakespeare in love"...

Ce qui au fond me tarabuste un tantinet, c'est de constater que les critiques acharnés en veulent surtout à ceux qui osent tout haut se demander comment on peut créer des oeuvres universelles, ceux qui veulent s'essayer eux aussi à imaginer, même si il ne s'agit que des contextes dans lesquels nos génies ont pu inventer ces écrits intemporels, ces pièces-miroirs où chacun s'y découvre à chaque époque pour mieux rire de ses défauts...

Moi j'ai applaudis à l'essai, je laisse les autres siffler en vain...

 

 

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Couleurs Azur

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Malgré l'engouement que connu ce petit bonhomme de Kirikou dans le monde de l'animation et auprès des petits et grands, je n'eus pas l'envie de découvrir l'univers et le travail de son créateur, Michel Ocelot...Mais à partir de ce soir, je fais mon mea culpa et vais me précipiter chez mon vidéo-club car l'heure et demi que j'ai passé dans le noir de mon cinéma m'a donné tant de couleurs, de saveurs, et de bonne humeur qu'il serait bien fou de se passer de ce doux rêve plus longtemps...

En effet, ma petite fée des Djinns à moi m'avait conseillé de me laisser guider vers l'histoire "d'Azur et Asmar", ce que je fis sans grand enthousiasme, trop gavée de dessins peaufinés à l'américaine, blagues bien huilées , rythme d'enfer et chansons à tue-tête...Attention, je ne dénigre pas le genre qui a ses qualités mais ce que Michel Ocelot propose sur les écrans est d'une autre nature et c'est un pur plaisir de le découvrir en pleine surprise...

Avec l'histoire de ce jeune garçon occidental au regard Azur élevé par sa nourrice Sarrasine et de celle du fils de cette dernière, Asmar, nous passons des jeux des enfants et des histoires à s'endormir bien vite à la découverte d'un Ailleurs par delà les mers, quand Azur veut faire en sorte que sa vie réelle réalise son rêve d'enfant, aller délivrer la princesse des Djinns ...

Pour cela, comme dans toute quête, il faut perdre de soi pour mieux se retrouver, aussi arrive t-il en terre inconnue en naufragé, sans doute menacé par ce qui le distingue, son regard bleu-azur, alors pour se protéger, il ferme son regard et découvre différemment ce nouvel horizon qui le décevait tant avec ses yeux d'occidentaux, il peut ainsi retrouver sa nourrice qui jamais ne cessa de el considérer comme son fils et apprend à mesurer ce que son frère de lait a de différents...et d'identique dans l'épreuve et la générosité...

Tout concourre à dessiner sur le visage du spectateur le sourire du ravi de la Vierge, comme l'on dit dans le Sud : les décors, la magie des Djinns, la découverte de ce pays non identifié mais qui semble être la synthèse de tous ceux de l'Afrique du Nord, la musique et les chants de Souad Massi qui a une voix chaleureuse, envoûtante et proche à la fois, comme une voix-amie qui raconterait en surtitre la même histoire...

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Quant au discours sur l'égalité des hommes entre eux, il se distille avec justesse et poésie, sans lourdeur didactique, avec une évidence qui charme...

Voilà pourquoi je vous conseille sans retenue, à l'aube de l'automne en dégradé de marrons, de profiter du talent d'un homme inspiré et d'aller savourer les couleurs et les bonnes paroles d'Azur et Asmar...

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Blair save The Queen

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Le dernier film de Stephen Frears démontre en une semaine comment l’exercice du pouvoir peut être complexe et douloureux, même-surtout ?-sous les paillettes des têtes couronnées les plus rigoristes.

L’action se déroule la semaine suivant le décès accidentel de la Princesse Diana, deux mois après que le jeune premier ministre Tony Blair ait été élu par le peuple et « invité » par la Reine à gouverner avec elle. Entre ces deux figures du pouvoir, le peuple n’a de cesse de pleurer une « princesse du peuple » et si le jeune loup aux dents aussi acérées que blanches sait répondre à ce dernier, il tente aussi de sortir la famille royale de son mutisme, de la faire paraître légèrement plus humaine à défaut d’être glamour, que ce soit par respect pour le règne d’Elizabeth II ou à cause d’un oedipe mal réglé comme le suggère ironiquement Chery, la femme de Blair.

La réalisation sert la différence des deux mondes, avec des plans larges et lent pour le refuge dans la Nature écossaise de la famille royale et plus étroits et nerveux dans le QG du travailliste.
Les acteurs, sont stupéfiants de mimiques exactes : d’Helen Mirren, proprement royale, à Michael Sheen, ayant déjà endossé le costume du jeune premier Ministre dans « The Deal ».
Ils sont aussi émouvants dans leurs retenus et leurs interrogations que parfois bien ridicules, rigidifiés dans le protocole royal ou soutenus par l’arrivisme de l’entourage de Blair.
Et enfin, quand les sentiments s’accordent le droit d’exister par une larme coulée, ils n’apparaissent que par la métaphore du cerf chassé et tué, comme la princesse rabattue par les paparazzi ou comme la reine régnante sur laquelle le peuple crie haro ?

Bien sûr, les faits sont récents et les protagonistes encore bel et bien vivants, et comme ils incarnent parfaitement le côté flegmatique-enigmatique typique du britannique, nous ne saurons jamais rien de ce qui se trama en réalité, mais l’hypothèse de Frears est un très bon prétexte pour relativiser les instances du Pouvoir, lesquelles ne sont jamais si bornées ou libérales qu’elles n’y paraissent.

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Et même, parfois, ces représentants ne peuvent s’empêcher de faire un peu les « bêtes » à force de jouer leurs rôles avec autant de sérieux, comme la Reine ne se déplaçant qu’avec sa flopée de welsh corgi pembroke (à vos souhaits) ou comme Tony Blair, arborant sans fléchir son sourire de Chat de Cheshire… à croire que le monde de la politique ressemblerait au bizarreries d’Alice au pays des Merveilles…

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Miss-tère ?

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A l'heure où je vous adresse quelques mots, avant même de retrouver les planches de Deauville pour du vrai dans quelques heures, je ne sais si le festival de film américain a eu la bonne idée de récompenser comme il se doit un petit bijou tel que "Little Miss Sunshine" mais je l'espère très fortement ou sinon je vais tagger mon mécontentement sur les-dits planches, à la manière de Dwain, l'ado rebelle et muet de ce film qui griffonne à tout va...

Bon, pour vous vanter ce film déjanté, je pourrai vous écrire que c'est une critique anti-rêve américain et que c'est excellement bien joué, mais je serai en dessous de ce que vaut ce long-métrage...Car en plus de faire rire au sujet d'une famille atypique, on ne peut s'empêcher d'être complètement attaché à ces personnages, aussi antipathiques peuvent-ils être au premier abord...car même si chacun est "barré" dans ses propres obsessions (devenir un gagnant et vendre sa technique pour en devenir un, lire Nietsche et vouloir être pilote de l'air...), tous font front autour du rêve de devenir Miss sunshine de la pettiote, Olive...Olive, le petit rameau d'olivier de la Paix pour tous, celle qui fait tout advenir, le silence, le consensus et enfin les vérités, quelles soient dures à entendre ou salvatrices à hurler...

Bon, mais sinon, pour ceux et celles qui sont les plus avertis et vu le peu de réponse concernant mon jeu sur un moyen de mémoriser le nouveau système solaire, je ne me décourage pas et relance un petit jeu le temps de mes vacances normandes : moi, je trouve, qu'Olive, la future-possible Miss, elle fait un peu penser à....à??

Un camembert-normand-odorant-au-gagnant, Good luck !

PS : N'empêche, faut vraiment que je l'aime ce film car rendre laid quelqu'un avec des lunettes, un petit ventre, des fringues hors mode, même en Tchétchènie, et un bon sourire de naif..c'est vraiment typiquement amerlock!

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Film étrange et pénétrant

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Cela faisait longtemps que nous n'avions pas hanté les salles obscures pour cause de chasse aux rayons de soleil mais ceux-ci étant décidément bien capricieux, nous avons repris le chemin de l'Ecran Noir quand d'autres s'apprêtent à emprunter celui du tableau Weleda (faut vivre avec son temps, les craies sont « has been »).

Et pour bouder les fournitures de rentrée dans les vitrines et le calendrier obstiné qui pointait la fin de l'été, nous sommes allées à la rencontre d’un garçon dont la fonction était justement de les illustrer, les–dits calendriers dans "la Science des rêves". Enfin, disons que c’est pire pour Stéphane, alias Gaël Garcia Bernal, qui au final ne fait que des collages bien ennuyeux à Paris, à peine revenu du Mexique à la mort de son père…Psychanalytiquement, (pas facile à lire ni à écrire celui-là), la figure du papounet, ce me semble, devrait représenter le lien à la réalité…et bien justement, notre Stéphane a une évaluation particulière de cette réalité, tant celle-ci est entremêlée de ses rêves, projections, songes, délires…

Bien sûr, le parti-prix est d’accrocher à une telle narration non conventionnelle, mais le réalisateur, Michel Gondry, sait doser inventivité et tendresse, avec ce qu’il faut de drôleries pour continuer d’adhérer quand même à son Histoire. En fait, Gondry procède un peu comme si nous pouvions voir directement dans sa tête ce film qu’il filme, de la même manière que son personnage se met en scène quand il rêve, comme un acteur-réalisateur de film ou de TV, (oui, oui, style-genre une mise en abyme : « Regardez mon personnage qui fait avec lui même ce que je fais avec vous, petits spectateurs naïfs… » Ah ah ah, mais nous on l’avait vu venir le Gondry, c’est ça de se manger les critiques Téléramesques : « ça aiguise le soupçon sur TOUT…. pour RIEN » !) Oui, « pour rien » car finalement ne plus penser-raisonner mais se laisser bercer par les déambulations de Stéphane-funambule de la réalité et de l’onirisme est un vrai plaisir, lequel est décuplé quand nous découvrons ses inventions folles, parce que le Monsieur a peut être un grain, mais celui-ci est inventif et il a de l’or dans les mains.

Aussi, à savourer cette fiction, on pénètre dans un univers qui, bizarrement, tient très bien la route…car en plus des scabreuses blagues du Sganarelle Alain Chabat, notre Don Juan à l’âme d’enfant a rencontré Charlotte Gainsbourg, une Stéphanie-reflet de lui, sauf qu’il n’y a que nous pour le savoir avant ces deux tête-en-l’air là…Et le charme de leur rencontre vaut à lui seul le prix de la place !

Aussi, à force de les voir se croiser-recroiser en vrai ou pas – non je ne divulguerai pas la Fin ! - nous avons accepté que le film s'achève et les avons laissé dans l’intimité du Noir qu’ils affectionnent, eux qui savent tant créer de fantaisies colorées à l’abri du grand jour et du quotidien
Et nous avons repris le métro, un peu engourdies, toutes imprégnées encore de leurs images, un peu comme si les vers de Verlaine nous confirmaient que le cinéma est bien un lieu où les rêves existent de façon réelle…

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