Ne pas rester de bois

C'était une de ces soirées bien pourries : un bon rhub qui prend le nez et tutti quanti, le boulot qui avait aiguisé les nerfs, la courses dans le métro pour arriver au final 30 minutes en retard ("Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée dû à un prioblème électrique"....en même temps ...AIS-JE LE CHOIX bloquée dans ma rame plongée dans le noir avec une horde suintante et fatiguée d'autres parisiens???)
Du coup, j'avais rebroussé chemin en me maudissant de ne pas oser affronter mon RDV droit dans les yeux, tout ça pour-juste-3 cours de retard et un destin de cobbaye pendant 3 heures pour découvrir au final -si je n'avais pas été cassée dutrant ce laps de temps par les apprentis-si le shiatsu était fait pour moi...
Aussi, je m'en retournai par les couloirs souterrains, suivant des masses de gens qui marchaient comme des automates absents de leurs corps, en train de maugréer en moi même, me disant que ce n'est pas ainsi que je vais me casser d'un Paris qui me dépasse, d'un boulot qui me harasse et d'une vie qui pourrait me faire passer à trépas si cela continuait ainsi...
Et puis...alors que je slalomais parmi les gens qui n'adoptaient pas la même allure militaire afficace de votre serviteur, j'ai entendu le mince filet musical d'une flute, pas une flute de pan exotique d'un péruvien jouant concerto, non-non, la même banale flûte qu'on s'est tous coltiné dans notre enfance dans les cours de musique.
Je me suis retournée et j'ai vu une minuscule vieille dame qui jouait, assise sur une chaise pliante, dans un coin, presque décoiffée par le vent que produisait les gens à tant courir, courir, courir sans s'arrêter...
Là, j'ai stoppé donc ma course et j'ai sorti mon argent car, c'est un fait en matière de pseudo-générosité d'un instant, je choisis souvent les femmes, à plus forte raison celles qui n'ont aucun talent musical mais des couches de vêtements sur elles, en plus d'un bon 65 ans tassé...
Mais alors que je laissais tomber ma piecette et m'apprêtais à repartir aussi sec, la dame se leva vers moi aussitôt et me demanda si j'avais un instant à lui accorder...un instant ?? Quelques minutes quoi, sans doute plus précieuses pour elle que mon obole car quand je fis "oui" de la tête, elle me demanda si j'aimais la poésie et me proposa de me réciter une de ses compositions...
J'avoue avoir pensé une seconde que c'était un "piège" chronophage cette histoire et puis...qu'est ce qu'il y avait de si urgent sinon ? Alors j'ai tendu l'oreille et ouvert grand mes mirettes devant cette dame qui s'anima et fit évoluer le timbre de sa voix en me récitant un très chouette poème sur les chevaux de bois de son enfance...
Comme elle me "rendit" à la foule en me remerciant de ce temps que je lui avais accordé, je suis repartie à petit pas en songeant aux enfances de nos parents, bercés en rond par de faux chevaux et à nous qui courrons en rond dans le métro...en restant parfois trop de bois face à nos contemporains...
Par poissonchat, Mardi 9 Octobre 2007 à 20:13 GMT+2 dans Les petits bonheurs (article, RSS)






